| Les articles "personnels" et "professionnels" de ce blog ne sont pas en libre-accès. | |
|
| J'étais bien contente de mes cours de théâtre, et voilà qu'aujourd'hui...
Séance méditation-concentration, ça fait toujours un peu secte, ce type d'activité. Mais bon, il paraît qu'il faut en passer par là, alors allons y - d'autant plus que l'après-midi au boulot a été bien stressante, ça ne peut faire que du bien.
Ommmmmmmmm.... Nous essayons de faire le vide, bercés par la voix suggestive, je dirais même insinuante ( voire insidieuse ;-) ) du prof. "Concentrez-vous, essayez de localiser votre centre de gravité, essayez de localiser votre âme, nous, les russes, nous avons l'âme au niveau de la poitrine, au niveau du coeur, nous sommes des êtres de spiritualité, nous avons besoin de chaleur humaine, c'est ce qui nous différencie des américains et des européens, dont le centre de gravité est au niveau du ventre ou du bas-ventre, il n'y a que la nourriture et le sexe qui comptent pour eux..."
Gné?
J'émerge aussi sec de ma méditation: "En voilà des conneries!!!" Le prof se trouble à peine, il avait oublié la française infiltrée dans son groupe, on était si bien entre nous, russes, orthodoxes, peuple christophore au coeur de la Troisième Rome...
Je pars? Je reste? J'argumente? Je laisse passer? Je m'écrase, mais le charme est bien rompu - en fait j'ai les larmes aux yeux jusqu'à la fin de la séance. Pourtant, ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude, des âneries de ce genre - j'en ai entendu un paquet, proférées en toute bonne conscience par des chauffeurs de taxi, des compagnons de voyage de hasard, de vagues connaissances de circonstances... Mais aujourd'hui je suis fatiguée. Et surtout - nous étions plongés dans un état de moindre résistance psychologique, détendus, ouverts, disponibles... Ce n'est pas grand chose, mais je l'ai vraiment reçu en pleine poire au moment où je m'y attendais le moins. Et donc, comme toujours, je me transforme en fontaine.
Pas question, évidemment, de continuer avec ce type, auquel je ne fais absolument plus confiance. Qu'est ce que pourrait m'apporter quelqu'un qui a la tête farcie de pareilles théories? Dommage, j'aimais bien le groupe, je trouvais que mes camarades avaient du talent... L'expérience est intéressante, cependant. Une expérience d'exclusion absolue, de rejet par rapport à ce que tu n'as pas choisi d'être, au moment où tu te crois le mieux accepté... La douleur de te heurter à un mur de clichés, tellement délirants que tu ne vois même pas comment les entamer. Ne pas oublier. | |
|
| J’avais lu en 1988, dans un numéro de la revue Etudes Soviétiques que recevait mon grand-père, ardent communiste, une recension sur la pièce du jeune metteur en scène non-conformiste Roman Viktiouk. Viktiouk avait frappé fort en faisant jouer les deux rôles principaux des Bonnes de Genet par des acteurs masculins, et cela l’avait de fait élevé au rang de symbole de la pérestroïka dans le théâtre. Ce préambule pour dire combien cela fait longtemps que j’avais envie de voir un de ses spectacles, moi qui à l’époque commençais à peine à étudier l’alphabet russe ! Et donc c’est toute frémissante d’impatience que j’ai acheté il y a deux semaines un billet pour la Salomé de Wilde, mise en scène, donc, par Viktiouk sur la scène du Théâtre d’Etat pour la Jeunesse de Moscou (et traduite par le poète symboliste Konstantin Balmont – que du beau linge!). Dès le premier tableau le ton était donné, ce serait Cabaret, Queer et légèrement SM. Un léger côté Rocky Horror Picture Show : beaucoup de chorégraphies, de musique forte, de combats mimés/dansés genre capoïera. Avec, il faut dire, de belles performances d’acteurs. J’aime ce genre de spectacle total dans lequel excellent les metteurs en scène russes ( mon émerveillement devant ma première pièce de Fomenko…)! ( Suite ) | |
|
| J'avais évoqué dans mon blog la scandaleuse restauration de la station de métro Kourskaïa, où l'on avait vu réapparaître en lettres d'or une inscription à la gloire de Staline. Et bien il se pourrait que cette inscription soit déclarée illégale et de nouveau effacée. Deux associations de défense des Droits de l'Homme ont en effet envoyé une lettre de protestation auprès du Comité pour l'Héritage Culturel de la ville de Moscou ("Moskomnasledie"), et la réponse de ce dernier les a agréablement surprises: Le Comité juge "inadmissible" l'inscription dans le vestibule de la station de métro, et ajoute que le projet de restauration n'a pas été présenté pour approbation au Comité. Le Comité pour l'Heritage Culturel de la Ville de Moscou pourrait donc porter plainte contre la société gestionnaire du métro de Moscou, l'obliger à démonter l'inscription et à payer une amende. J'ai du mal à y croire... Mais attendons la suite... Il risque d'y avoir encore un beau scandale! | |
|
| Un article dans Le Monde sur les pratiques photographiques des Européens: Une autre enquête menée par Opinion Matters pour Nikon et portant sur 12 259 personnes dans 12 pays européens montre que les voyages et les paysages constituent les sujets favoris, pour 68,3 % des Européens. La famille (61,3 %) puis les amis (55,9 %) sont ensuite les sujets privilégiés. Si les Russes sont particulièrement narcissiques (34,2 % prennent des photos d'eux-mêmes), ils sont seulement 8,6 % des Français à le faire. Oui, c'est quelque chose qui m'a toujours étonnée - le goût qu'ont les gens en général de gâcher les plus belles vues en se mettant au premier plan :-). Peux pas comprendre. Apparemment, ma réaction serait bien française. Je déteste être prise en photo, même s'il m'arrive de jouer le jeu pour pouvoir photographier à mon tour... Car j'aime au contraire beaucoup photographier les autres, les gens que j'aime, ou même parfois des inconnus dans la rue - même si j'ose rarement. J'aimerais savoir faire de beaux portraits, j'avais même acheté un réflex argentique, il y a quelques années, et des bouquins pour apprendre. Feu de paille, comme tant d'autres velléïtés. J'aimerais savoir photographier les gens sans qu'ils ne s'en doutent, saisir un regard, un geste, une expression naturelle - on a toujours l'air un peu bête quand on pose... Un de mes blogs préférés est celui de guy_gomel, qui photographie souvent des passants dans les rues de Tel-Aviv. Ses inconnu(e)s sont plus beaux (belles) que bien des modèles de magasines! Je suis aussi fascinée par les blogs consacrés au street-style, comme le célébrissime Sartorialist... Il devrait venir à Moscou! Quant au narcissisme, c'est une particularité de caractère qui me met profondément mal-à-l'aise, et pourtant il se trouve que je compte beaucoup de personnalités passablement narcissiques parmi mes amis... aussi bien russes que français d'ailleurs... Mais dans le cas du rapport des russes à la photographie, il me semble que c'est moins le plaisir de se voir soi-même en photo que celui de détenir (et de pouvoir présenter) la preuve que l'on a bien été à tel ou tel endroit. Les voyages à l'étranger ont si longtemps été un rêve inaccessible pour les gens de ce pays... | |
|
| Saison russe par excellence, l'automne, court et intense. En quelques jours, le temps change, le vent se lève, les feuilles hier encore bien vertes jaunissent et jonchent le sol. L'automne doré pouchkinien, période d'inspiration créatrice... Au détour d'un échange d' e-mail et de photos avec un ami, je me suis souvenue d'un de mes poèmes préférés, d'un auteur presque inconnu en France, très peu traduit, me semble-t-il : Innokenti Annenski. C'est pourtant loin d'être un poète mineur, et cet helleniste distingué et mélancolique, au style si particulier, a marqué de son influence aussi bien les symbolistes que les acméistes - Mandelstam, Akhmatova, Goumiliev... Comment partager un poème avec quelqu'un qui ne parle pas russe? Comment, même si l'on arrive à expliquer le sens, rendre la musicalité, le rythme lent et obsédant de ce poème? Voici une deuxième tentative de traduction, la première était par trop pitoyable, et celle-ci est encore loin d'être satisfaisante. Pour F., donc. SeptembreJardins parés d'or fin, mais exangues déjà Séduction de la pourpre sur les maladies lentes L'ardeur tardive du soleil aux rayons courts S'épuise à se couler dans les fruits parfumés. Et la soie jaune au sol, et les traces grossières, Le dernier rendez-vous qu'on sait être mensonge, Dans les parcs, les étangs insondables et noirs Préparent leur accueil à la souffrance mûre. Mais le coeur n'est sensible qu'à la beauté enfuie Et dans les sortilèges se plonge avec ivresse, Et tous ceux qui déjà ont goûté au lotus Sont troublés par l'arôme insistant de l'automne. Photographie tirée d'internet : le parc de Tsarskoïe Selo, où vivait Annenski, en automne.( Original du poème ) | |
|
| Finalement, je ne fais rien de ce que j'avais prévu. Et je fais ce qui n'était pas du tout prévu! Me voilà plongée jusqu'au cou dans le théâtre - au travail, après le travail, le week-end... au final, ça devrait faire plus d'une dizaine d'heures par semaine... Ma mère jubile - 25 ans qu'elle me "tanne" pour que je m'inscrive à des cours d'art dramatique... :-). Voilà qu'enfin la vilaine fille désobéïssante écoute les bons conseils de sa môman! Mais bon, jamais cela ne me serait venu à l'idée en France. Je ne me sens toujours pas particulièrement attirée par la scène... sauf qu'en fait j'y suis, sur scène, plus de 15h par semaine, et qu'il faudrait que je mette un peu plus de conviction dans mon rôle. Et puis c'est quand même beaucoup plus drôle quand ce n'est pas dans sa langue maternelle! Ce n'est pas la première fois que je le remarque - je me sens plus libre et plus décomplexée en Russie... comme si le fait de s'exprimer dans une autre langue, de se retrouver dans un autre milieu instaurait une distance protectrice entre soi et le monde, un paravent derrière lequel il est plus facile de prendre des risques. Comme si, quelque part, ce n'était "pas pour de vrai". | |
|
| Je n'ai pas toujours passé autant de temps en Russie que maintenant, mais le hasard a fait que j'étais souvent présente lors des grands évènements dans les familles de mes amis - les baptèmes, les mariages, les enterrements. Surtout les enterrements, d'ailleurs. J'ai pu constater que le rituel de l'enterrement en Russie témoigne d'un rapport à la mort assez différent de ce qu'il est en France. En France tout est fait pour que la mort soit la plus aseptisée, la plus abstraite possible. Elle est devenue presque taboue. Et n'en est, peut-être, que plus effrayante. En Russie la mort a conservé tout son aspect concret, matériel. Le corps mort n'est pas escamoté dès le dernier soupir, il est vraiment accompagné jusqu'à sa dernière demeure. Cela correspond d'ailleurs à la croyance russe, qui veut que la séparation se fasse progressivement : l'esprit se détache petit à petit de sa maison, de son village, de la terre, il prend son temps, - trois jours, neuf jours, quarante jours après le décés, à chacune de ces "étapes" correspond un rituel commémoratif spécifique. Durant la période soviétique, il n'y avait pas toujours de funérailles religieuses. Si le défunt occupe une position sociale importante, le cercueil est exposé une journée sur le lieu de son travail. Premier choc culturel - durant cette parade d'adieu, tout comme durant les funérailles religieuses, le cercueil est exposé ouvert, si l'état du corps le permet. Le visage et les mains sont bien dégagés, le reste disparait sous les gerbes de fleurs - oeillets, roses, marguerites - des fleurs de couleurs vives. Petit détail - pour un enterrement (et seulement dans ce cas) il faut apporter un nombre pair de fleurs. En Russie, n'offrez donc jamais à un ou une ami(e) un bouquet composé d'un nombre pair de fleurs - ce serait extrêmement mal vécu! La cérémonie religieuse de l'enterrement ("otpievanie" - un mot formé sur la racine "piet" - "chanter") est en général assez brève. Elle est composée uniquement de chants rituels, très lents, très beaux. La famille et les amis s'approchent du défunt pour lui dire adieu - l'embrasser sur le front ou la main. A la sortie de l'église, la famille propose à tous les présents un peu de "koutia" - un plat rituel traditionnel composé de kasha, de fruits secs et de miel. ( Ensuite... ) | |
|
| Histoire n°2 A Moscou, au début de l'Avenue de Léningrad, il y a un hôtel de luxe installé dans un beau bâtiment construit en 1830, et appelé "Hotel Sovietski" ("soviétique") - nom qu'il a conservé depuis son ouverture en 1951. Et en face de l'hôtel, de l'autre côté de l'avenue, il y a un modeste petit restaurant, que les habitués appelaient par plaisanterie "antisovietski" (pas besoin de traduction?) - puisque c'était l'opposé du luxe de l'hôtel d'en face. Mais voilà qu'il y a quelques jours les patrons du petit restaurant ont eu la mauvaise idée d'officialiser le nom de leur établissement et ont accroché sur la façade une belle enseigne "antisovietski"  Scandale et affaire d'Etat! Des associations d'anciens combattants, des représentants du Parti Communiste ont organisé des manifestations et des pétitions! L'apparition de cette enseigne était une insulte à leurs sentiments patriotiques, une falsification de l'histoire, une provocation intolérable! Finalement, le "préfet" ("maire d'arrondissement") O.Mitvol - bien connu des moscovites pour de nombreuses affaires de pots-de-vin à faire pâlir d'envie Charles Pasqua - a pris les choses en main et s'est engagé à convaincre les propriétaires de démonter leur enseigne. Je suppose qu'il n'a pas eu de mal à trouver des arguments de poids - l'enseigne a aujourd'hui disparu. | |
|
| Deux histoires de restaurant, dédiées à mes amis Ph. et S. Histoire N°1 : Quand le directeur d'un restaurant à la mode à Moscou (le Café Tatler, pour ne pas le nommer, qui se pose en concurrent du Vogue Café - tous lieux où je mets jamais les pieds) donne une interview à la version locale de "Time Out", ça donne ça : Ici, bien sûr, [sous-entendu - avant que je reprenne la boite] le restaurant était complètement mort. Quand je suis devenu directeur, je suis venu voir et j'ai été horrifié - il n'y avait que des "basanés" comme clients. C'est partout pareil, si des gars du caucase commencent à fréquenter un restaurant, c'est fini, le restaurant est foutu. Moi, bien sûr, j'essaie de lutter contre ça, je les laisse pas rentrer, je leur dis, toutes les places sont réservées, il n'y a pas de place pour vous, mais on ne peut pas avoir l'oeil partout, il y en a toujours qui réussissent à s'infiltrer. Et après les gens normaux viennent te voir et te disent - c'est quoi ce zoo chez vous? Ils ne se sentent pas à l'aise quand il y a ça à côté, ils ont envie de venir tranquillement dîner et de rester entre soi - pas de se retrouver à côté de "basanés". Mais qu'est-ce que tu veux, c'est dur maintenant chez nous avec la crise, qui va encore au restaurant? Y a plus que les caucasiens qui y vont, les autres n'ont pas de fric. Et vous remarquerez comme les restaurants dégénèrent à vue d'oeil, et c'est pareil pour les clubs. Il faut respecter scrupuleusement les proportions. De temps en temps on peut en laisser entrer, mais un tout petit peu, pour qu'ils ne gâchent pas le paysage".Source : Afisha 18 septembre 2009 | |
|
| |